PRIONS POUR LA FRANCE

La Grande épidémie de peste de Marseille

En 1720, Marseille a connu une grande épidémie de peste assez semblable à la Pandémie qui nous touche. !!

Il est étonnant de voir les ressemblances entre nos politiques actuels, les habitants de l'époque, les comportement sybaritiques des Français de maintenant. Nous devrions tirer enseignement de cet exemple, historique, pour retrouver un vrai calme dans notre pays.

Pourquoi pas une procession au Sacré Cœur, avec nos politiques. Marseille était prise entre le Jansénisme des uns et le sybaritisme des autres, si bien que la population, livrée à ces deux courants contradictoires de la foi terrifiée et de la débauche, s’éloignait de la pratique religieuse, des sacrements, du culte de la Vierge. La ville comptait environ 90 000 habitants. En 1718, Anne-Madeleine étant en prières aux «Grandes-Maries», Notre-Seigneur lui fit connaitre ce qui se passait dans une église de la ville, en l’occurrence celle des Révérends Pères Cordeliers. À cet instant précis, en cette église, dans l’hostie exposée à l’adoration des fidèles, le visage du Divin Maitre, empreint de majesté et de tristesse, apparaissait aux assistants figés de frayeur. Or, ce prodige se produisit en plein Carême, le jour du Carnaval. Dans les rues de la ville, la fête battait son plein et le peuple de Marseille s'adonnait à des débordements sans nom. D'autant plus, qu’une partie des magistrats de la ville, débauchés et sans scrupules dans les affaires, enseignaient le mauvais exemple. Notre-Seigneur fit savoir à Sœur Anne-Madeleine Rémuzat que le prodige qu’Il était en train d’accomplir à l’église des Cordeliers était un dernier effort de son Amour pour contenir la Justice divine et qu’il fallait en informer l’évêque, Mgr de Belzunce. Ce même jour, une autre religieuse carmélite, dont le prélat était le directeur spirituel, était l’objet de la même vision et recevait la même mission. Si bien que, lorsque le RP. Milley, alerté par Anne-Madeleine, se rendit à l’évêché, Mgr de Belzunce était prêt à le croire, puisque le message lui venait de deux sources différentes. L’enquête qu’il fit aussitôt mener à l’église des Cordeliers fut concluante. De la part de Sœur Rémuzat, c’est-à-dire de la part de Notre-Seigneur, le R.P. Milley demanda à Mgr de Belzunce d’avertir solennellement les magistrats de la ville d’avoir à se ranger et de conduire le peuple sur le bon chemin. Sans tergiverser, l’évêque accomplit cette démarche insolite. Il somma les édiles et plusieurs personnages importants de faire cesser les désordres, «sinon, leur dit-il, le Ciel m’a fait savoir qu’un grand fléau allait s’abattre sur Marseille». De nos jours, il serait difficile de trouver un évêque capable de croire et de parler ainsi. Mgr de Belzunce n’était pas de ceux qui se complaisent dans le confort matériel, intellectuel ou moral. Les péchés de la ville lui sautaient aux yeux, il ne pratiquait pas la politique de l’autruche. Mais les magistrats lui rirent au nez et restèrent sourds à ses exhortations. L'évêque n'épargna rien alors pour avertir le peuple afin de l’arracher aux mauvais bergers ; cependant l’amour du plaisir, du luxe, de la bonne chère, la soif du gain, furent les plus forts. Ajoutons à cela que Mgr de Belzunce ne rencontra dans son clergé que peu d’écho, car celui-ci, jusque dans les ordres monastiques, était infiltré de jansénisme, et, par conséquent, tout ce qui venait d’un évêque réellement fidèle à Rome était combattu par ses propres fils.

Le châtiment

Le fléau donc arriva deux ans plus tard, sous la forme de la peste, qui tua d’un seul coup 40.000 personnes à Marseille et dans sa région. Ecrivant à Mère de Gréard, supérieure des Visitandines, Mgr de Belzunce confirmera plus tard : «Plusieurs années avant que le Seigneur introduisit dans Cette ville la peste, la désolation et la mort, elle (Sœur Anne-Madeleine Rémuzat) me fit avertir par le Père Milley, son confesseur, que Dieu lui avait fait connaître qu’Il était irrité contre Marseille et que si cette ville n’avait recours à la pénitence Il allait appesantir sur elle son bras vengeur d'une manière terrible que l’univers, à qui elle servirait d’exemple, en sera effrayé, — avis qui, dans le même temps et la même constance, me vint d’un autre endroit, sans qu'elle pût y avoir la moindre part». Ce témoignage de l’évêque est corroboré par Mère Anne-Théodore Nogaret, supérieure de la Visitation du temps de la vision de Sœur Anne-Madeleine. C’est un bateau, chargé de marchandises, venant de Sidon, port de Phénicie, qui apporta la peste. Ce navire S’appelait «Le Grand Saint-Antoine». Il était commandé par le capitaine Chataud, qui avait obtenu un exeat du Service de Santé de Sidon constatant qu'il n’y avait pas de malade à bord. A Tripoli, à Chypre, l'exeat fut renouvelé. Cependant, entre Chypre et Livourne, six hommes et le chirurgien du bateau, moururent subitement. L’exeat fut pourtant prorogé, car l'alimentation sur les bateaux était à l’époque si défectueuse que les sept décès ne parurent pas suspects outre mesure. A Marseille, où le «Grand Saint-Antoine» accosta le 25 mai 1720, le déchargement des marchandises se fit dans l’allégresse. Deux jours après, on aurait pu s'inquiéter de la mort d’un autre matelot, puis d’un garde et de deux portefaix, mais il n’en fut rien. Le médecin de bord trouva les décès naturels et les Marseillais ne s’en émurent pas. Mais d’autres vaisseaux arrivèrent et, sur l’un d’eux, un autre chirurgien et toute sa famille moururent à leur tour. Ce fut le signal d'alarme. Le «Grand Saint-Antoine» et les bateaux qui venaient d’arriver furent renvoyés au large en quarantaine. Trop tard. De nombreuses marchandises contaminées étaient entrées dans la ville, des passagers atteints par le mal avaient rejoint leurs foyers. Un éminent médecin de la ville s’écria alors : « C’est lapeste !» Mais l’appât du gain était si fort que l’on ne voulut pas le croire. Les édiles firent brûler dans l’île de Jarre quelques marchandises, mais ne prirent aucune mesure sérieuse, pour ne pas affoler la population. Ils parlaient de « fièvre maligne», qui, selon eux, allait bientôt disparaître. Le 26 juillet la mort faucha quinze personnes d’un coup, rue de l’Echelle. Le lendemain, on compta quarante décès. Le surlendemain cent. Puis ce furent, deux cents, trois cents, jusqu’à quatre cents morts par jour dans les maisons et les rues de la ville. !!Voici comment le Père Pacifique, du couvent des Capucins de Marseille, a décrit l’hécatombe : > «Après les infirmeries, la contagion se fraya un chemin dans la ville. Les médecins, ne connaissant pas la nature du mal, soutenaient qu’il ne provenait que des vers ou des fièvres malignes. La maladie atteignit indifféremment toutes sortes de personnes. Ce fut alors que la frayeur s’empara des esprits et chacun songea à la fuite pour se garantir. Mais le Parlement rendit cette fuite impossible par un arrêt qui défendit, sous peine de la vie, de recevoir ceux qui sortiraient de Marseille ou de communiquer avec eux. On se réfugia dans les maisons de campagne. Les boutiques fermées, les ouvrages cessés, le commerce interrompu, les églises abandonnées, tout n’offrait à la vue que d’effrayants spectacles. Une multitude de pauvres, que la faim rendait furieux, enfonçaient les boutiques des boulangers… La contagion donnait tant de morts à la fois qu’il fallait avoir recours aux tombereaux ; la vue de ces terribles chariots redoublait la frayeur des habitants. Les uns fuyaient à travers les campagnes, les autres allaient camper sous les tentes ; ceux-ci se mettaient dans des vaisseaux au milieu de la mer, ceux-là se renfermaient dans leurs maisons. > > Dès qu’il y avait quelques malades, la terreur obligeait les parents à les mettre à la rue sur un matelas, ou bien, s’ils n’étaient pas tout-à-fait cruels, ils désertaient eux-mêmes la maison et les laissaient tout seuls, sans remèdes et sans soulagement. Les places publiques, les quais du port ne pouvaient contenir tous les mourants ; là, on en voyait consumés par l’ardeur de la fièvre demander une goutte d’eau, sans qu’elle leur fût donnée. On en voyait d’autres, emportés par le délire et n’étant retenus par personne, entrer dans des fureurs insensées, qu’une mort violente seule pouvait terminer. > > «Le ciel retentissait des cris lamentables de petits orphelins… D’autres, attachés aux mamelles de leurs mères expirantes, en suçaient le funeste venin. Marseille, ce séjour de délices et de plaisirs, n’était plus que celui de l’horreur, de la désolation, et sa vaste enceinte n’était pour ses habitants qu’un tombeau plus étendu. Ses rues étaient couvertes de monceaux de cadavres de tout sexe et de tout état, rongés par les chiens. La mort avait fait périr tous ceux qu’on avait employés pour enlever les cadavres, et il n’y avait plus dans la ville assez de vivants pour enterrer les morts. C’est là qu’on se trouva dans la dure nécessité d’avoir recours aux galériens pour en faire des fossoyeurs... On juge des désordres qui s’en suivirent…» Certes, le style de ce Capucin, comme la plupart des écrits de cette époque, paraît un peu ampoulé à nos esprits modernes, mais il décrit bien toute horreur du fléau. Plusieurs des grands coupables, avertis par la voix de l’évêque comme par un nouveau Jonas, furent les premiers frappés. Mais comme la colère de Dieu fauche indistinctement pour des raisons insondables inhérentes à sa Justice et à son Amour, beaucoup de bons aussi disparurent, comme dans la parabole de l’ivraie et du bon grain. Le Père Milley mourut, ainsi que presque tous ses confrères jésuites, en se dévouant aux malheureux. Cependant, peu après sa mort héroïque, il apparut dans une vision à Sœur Anne-Madeleine Rémuzat pour la consoler au milieu des tortures morales que subissent les grands mystiques vivant intensément la Justice et la Miséricorde de Dieu pour le salut des âmes. Anne-Madeleine comprit que, finalement et comme toujours, la Miséricorde l’emporterait sur la Justice, grâce au Cœur doux et humble de Jésus qui seul pouvait arrêter ce fléau et allait ainsi triompher dans la suavité de sa Gloire. !!Un grand évêque Cependant, le mal devenait chaque jour plus violent : Symboliquement, il ne resta bientôt plus autour de Mgr de Belzunce que douze prêtres, douze apôtres, qui, comme lui assistaient les pestiférés. L’immense majorité du clergé séculieret régulier avait été décimé… ou se terrait. Le courageux évêque était Sur tous les fronts, s’exposait sans compter, par miracle, le mal ne l’atteignait pas. «On l’a vu, écrivaient les Visitandines de Marseille en 1721, traverser les cadavre qui exhalaient une odeur intolérable pour confesser et consoler les malheureux, Sans faire paraître aucune crainte du danger… » Mère François-Benigne Dorlie de Saint-Innocent, devant l'ampleur de l’hécatombe, commanda à Sœur Anne-Madeleine Rémuzat de conjurer Notre-Seigneur de faire connaître par quels moyens devait être arrêté le fléau. C’est alors que Sœur Anne-Madeleine demanda, comme l’avait fait Sainte Marguerite-Marie, que fût instituée par l’Eglise la fête universelle du Sacré-Cœur. Mais en attendant que cet honneur solennel fût rendu au Divin Cœur, il convenait, dit-elle, que «chaque fidèle se dévouât, par une prière au choix de Mgr l’évêque, à honorer, selon le dessein de Dieu, le Cœur adorable de son Fils ; que par ce moyen ils seraient délivrés de la contagion et qu'’enfin tous ceux qui s’adonneraient à cette dévotion ne manqueraient de secours que lorsque ce Divin Cœur manquerait de puissance». C’est-à-dire jamais. Ces derniers mots avaient été déjà prononcés par Sainte Marguerite-Marie. Mgr de Belzunce, informé de cette nouvelle révélation et se sentant pressé intérieurement de s’y soumettre, obtempéra aussitôt. Dès le 22 octobre 1720, il établissait par ordonnance la fête du Sacré-Cœur dans son diocèse au jour fixé par Notre-Seigneur, c’est-à-dire au lendemain de l’octave du Saint-Sacrement. Il prescrivit que cette fête fût marquée par un office double et par l’exposition du Saint-Sacrement toute la journée dans toutes les églises de son diocèse. Mais sans attendre l’année 1721 pour cela, il prépara sur-le-champ tout ce diocèse à une consécration solennelle au Sacré-Cœur et fit dresser, le 1°" novembre 1720, fête de tous les Saints, un autel à l’entrée du Cours.

Alors, on vit ce spectacle émouvant et combien édifiant : pieds nus, la corde au cou, le crucifix entre les mains, le grand évêque s’avança, suivi de ses douze prêtres, «Introibo ad altare Dei...» Ignorant brusquement le danger, des hommes sortirent des maisons. Des femmes, leurs enfants à la main, coururent à lui, criant : «Miséricorde !» Mais lui montrait l’autel. Quand il fut arrivé aux premières marches, c’est une véritable foule qui se jeta à genoux. Malgré l’émotion qui couvrait son visage de larmes, il réussit à prononcer à haute voix la consécration de son humble personne et de ses diocésains au Cœur de Jésus, puis il célébra la messe de ce Sacré-Cœur et distribua lui-même la communion, avec ses douze apôtres. Aussitôt, il se produisit une chose sensible. Le mal diminua, reflua comme vers la mer d’où il était venu. L’atmosphère parut plus limpide, plus pure, les sons plus clairs. La peste s’en allait, décrochait, vaincue par la contre-offensive surnaturelle. Le Sacrifice de Jésus renouvelé sur l’autel, selon la volonté d’amour de son Sacré-Cœur, avait seul pu fléchir le courroux de Dieu. La Sainte Messe du Sacré-Cœur avait triomphé du mal. Que sera-Ce donc de la Messe Perpétuelle, quand d’autres calamités encore bien plus terribles s’abattront sur le monde…

Récidive

Toutefois, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ce qui restait de responsables de cette malheureuse ville ne s’était pas associé au geste implorant et réparateur de l'évêque. Il y avait encore des cœurs endurcis dans ce qui était censé être l’élite de la cité. A cause d’eux, dès que la calamité eut cessé, le peuple, ingrat et versatile, retourna à ses désordres. Un sacrilège fut même commis dans une église de la ville : on vola des vases sacrés, on profana des hosties !... Au mois de mai 1722, la peste éclata de nouveau et sévit avec autant d’intensité que la première fois. Marseille redevint un vaste hôpital, un vaste cimetière. Quand le mal revient, il est en général démoralisateur, car il provoque bien souvent des révoltes, des blasphèmes. C'est au milieu de tels cris que Mgr de Belzunce dut redoubler de foi et de courage. Il affirma que la rechute des habitants dans le péché était la seule vraie cause du retour du fléau, et, s'adressant résolument aux Magistrats eux-mêmes, voici l’exhortation qu’il leur adressa :

«Les précautions, Messieurs, que M. le Gouverneur et vous prenez pour arrêter le progrès de ce qui cause nos justes alarmes, sont dignes du zèle et de la sagesse des véritables pères de la Patrie. Mais, vous le savez, Messieurs, vos soins, vos peines et vos travaux deviennent inutiles, si Dieu Lui-même ne daigne les bénir. Je viens donc vous exhorter aujourd’hui à commencer par un acte de religion qui soit capable de désarmer le bras vengeur qui paraît s’élever de nouveau contre nous. «Vous vous souvenez sans doute qu’au jour de la Toussaint 1720, je consacrai la ville et ce diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, source inépuisable de toutes les grâces et de toutes les miséricordes, et que, dès ce même jour, nos maux diminuèrent sensiblement, continuellement et sans rechute. Mais vous devez Vous souvenir aussi que MM. les Echevins ne purent alors paraître entrer dans cette consécration, ni prendre part à aucune des saintes cérémonies qui furent faites ensuite en l'honneur de Jésus-Christ, notre Libérateur… Pour réparer cela, Messieurs, je crois devoir vous proposer de faire incessamment, mais sans cérémonie, un vœu stable au divin Cœur de Jésus, notre Sauveur.»

De quoi s’agissait-il ? Rien moins que d’un acte d’humilité et de conversion, il est vrai. Mais il faut admirer avec quelle douceur, quelle mansuétude, Mgr de Belzunce tâcha de briser l’orgueil de ces grands personnages. D'abord, il les appelle «pères de la Patrie», vantant leurs pauvres mérites. Puis il leur dit : «Messieurs les Echevins ne purent alors paraître entrer dans cette consécration», alors qu’en réalité ils l’auraient pu fort bien, s’ils l’avaient voulu. Ensuite, il leur propose de faire un vœu stable, «sans cérémonie», c’est-à-dire discret, personnel, non publique, afin de ménager leur amour-propre. Cependant, s’il a des récidivistes devant lui, il sait aussi qu’il a quelques échevins fraîchement promus sur lesquels il peut quand même un peu plus compter.

«Je désirerais donc, Messieurs, poursuit-il, que vous vous engagiez, vous et vos successeurs, à perpétuité, à aller tous les ans, au jour que j'ai fixé la fête du Sacré-Cœur de Jésus, entendre la Sainte Messe dans l’église du premier monastère de la Visitation, que nous appelons «les Grandes-Maries», à y communier et à y offrir un cierge ou flambeau de cire blanche pour brûler devant le Très Saint-Sacrement, et enfin à assister sur le soir du même jour à une procession générale d’actions de grâces que j’établirai pour Un certain nombre d’années à votre réquisition».

Le chef-d’œuvre de fermeté, de charité, de délicatesse, de psychologie, de diplomatie d’un tel texte n’est plus à souligner. Aussi, la récidive de la peste répondant à la récidive du péché, les Echevins anciens et nouveaux se réunirent-ils en conseil pour délibérer sur cette proposition. Il semble que ce soit le premier échevin, M. Moustiés, qui, faisant amende honorable, emporta l’adhésion de ses confrères. On lit en effet dans le procès-verbal de cette réunion :

«M. Moustiés, premier échevin, a représenté que s’il fallait des exemples pour nous persuader que tous les efforts des hommes sont vains contre le progrès de la contagion et que le fléau de la colère de Dieu ne peut être arrêté que par des actes de religion, en implorant le trésor de ses miséricordes, il n’en faudrait en effet pas d'autre que celui que Mgr l’évêque nous cite dans sa lettre, puisque tout le monde vit alors et réellement que le mal baissa continuellement jusqu’à sa fin dès le jour de la consécration de cette ville au Sacré-Cœur. Sur quoi, il a été unanimement décidé que nous, échevins, ferons un vœu ferme, stable et irrévocable entre les mains de Mgr l'évêque, par lequel, en ladite qualité, nous nous engageons, nous et nos successeurs, à perpétuité, à aller toutes les années, au jour où il a fixé la fête du Sacré-Cœur de Jésus, entendre la Sainte Messe dans l’église du premier monastère de la Visitation, dit des «Grandes-Maries», y communier et offrir, en réparation des crimes commis en cette ville, un cierge ou flambeau de cire blanche du poids de quatre livres, orné de l’écusson de la ville, pour brûler ce jour-là devant le Saint-Sacrement, et à assister sur le soir du même jour à une procession générale d'action de grâces»

Signé A Marseille, 28 mai 1722 Signé : Moustiés, Dieudé, Rémuzat (2), Saint-Michel, échevins

En fait d’acte discret, "non publique", ce texte montre que la barrière était rompue et que ce sont les Echevins eux-mêmes qui, cette fois, se précipiteraient pour prendre ostensiblement la tête du cortège.

L’archevêché de Marseille a peut-être conservé dans ses archives ce grand acte de piété de la Municipalité, que Mgr de Belzunce, le 4 juin 1722, a décrit ainsi : «Nous, Henri-François-Xavier de Belzunce, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège, évêque de Marseille, les sieurs Moustiés, Dieudé, Rémuzat, Saint-Michel, échevins, s’étant rendus aujourd'hui, jour et fête du Très Saint-Sacrement, revêtus de leurs robes jours, s’étant avancés tous quatre et mis à genoux au bas du marchepied du maître-autel, au-devant de nous, qui avions le Très Saint-Sacrement en main pour marcher en procession, attestons que ledit sieur Moustiés, portant la parole au nom de tous quatre, a fait et prononcé en nos mains ledit vœu». Cet acte se passa à la cathédrale de Marseille. Dès ce jour, comme la première fois, le nombre des malades diminua merveilleusement. Devant ce constat, on redoubla de prières publiques et, à la fin d’une neuvaine ordonnée par le grand évêque en la chapelle du premier monastère de la Visitation, la peste cessa complètement. L’on attendit quarante jours encore et même plus, pour y croire définitivement. Marseille avait énormément souffert. Non seulement toutes les familles avaient été éprouvées, mais le commerce avait été réduit à néant, car l’univers entier, c’est le cas de le dire, frappé de crainte, avait cessé toute activité en direction du grand port. Pour être libérés totalement, les Marseillais attendirent la parole de l’évêque, — parole devenue oracle. Enfin, le 21 septembre, il parla :

«Mes très chers frères, vos craintes et vos alarmes ont fini, leur dit-il. Il n'y a plus d'apparence de contagion dans cette ville et dans le terroir. Toutes les maladies, quelles qu’elles puissent être (3), y ont tellement cessé depuis un temps considérable et la santé y est si constante et si parfaitement rendue, que les plus incrédules doivent être forcés de reconnaitre ici les effets de la puissance et de la miséricorde infinies du Sacré-Cœur de Jésus, toujours plein de bonté et de compassion pour les hommes, mêmes ingrats et pécheurs. «Peuple, que le Dieu des vengeances à deux fois frappe dans son indignation, mais qu'Il a aussi, dans sa miséricorde, délivré deux fois et d’une manière sensible, cesse de craindre désormais et tressaille d’allégresse, parce que le Cœur adorable de Jésus, auquel tu t’es solennellement voué, s'est déclaré et a fait de grandes choses en ta faveur.

Que le souvenir de ces prodiges soit à jamais gravé dans vos esprits et dans vos cœurs ! Racontez-les souvent à vos enfants, que vos enfants les disent aux leurs et ceux-là aux races suivantes, et que la mémoire en passe aux siècles futurs !

«Annoncez votre délivrance et la publiez aux extrémités du monde, publiez la gloire de votre Libérateur parmi les nations et ses merveilles parmi tous les peuples chez qui le commerce vous conduira désormais»

D'après le livre, "Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé" de Claude Mouton, éditions Résiac

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